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Corinne

Par stéphane martot :: dimanche 16 mars 2008 - 10:19 :: nouvelle d'à Rouen

Corinne,

 

Il est 00h30, Corinne sort de chez le « chinois » en titubant. Il pleut à cette heure tardive. Les nuages sont nombreux. L’orage n’est pas loin et il est temps de rentrer. Le jet d’eau de la Fontaine de la Croix de Pierre est bousculé de sa trajectoire par le vent 

 

Pour un samedi soir, et plus particulièrement pour Corinne,  rentrer à cette heure, c’est un peu tôt ! Mais Madame n’est pas en forme en ce moment. Elle est saoule, comme d’habitude, mais plus triste encore que les autres semaines. Elle a de plus en plus de mal à allier sa vie nocturne et sa vie de jour. Son patron commence à trouver les cernes de Corinne et surtout ses bâillements, un peu  trop importants. Il sait ce qu’elle vit la nuit!

 

Il était un ami de son père. Corinne est secrétaire chez ce chauffagiste du quartier. Elle a son diplôme de secrétaire et elle est très appréciée  par les clients et ses collègues. Elle a eu son diplôme chez Pigier. Mais c’était bien avant qu’elle ne tombe dans l’alcool et qu’elle ne fréquente à nouveau  le quartier de la Croix de Pierre…la nuit.

 

Le père de Corinne est – ou était ! – une figure du quartier. Monsieur Duberger, qui est atteint de la maladie d’Elsheimer  aujourd’hui,  s’était installé Rue des Capucins en 1936 alors qu'il venait de se marier avec Nicolle. En 1948, Corinne naît dans le studio que la famille louait, toujours dans la même rue. Il était temps de déménager. Le propriétaire leurs propose le trois pièces du premier étage. Parfait ! Monsieur Duberger était champion cycliste de Normandie et avait ouvert son magasin, non loin de la place Saint Marc.

 

Corinne a perdu sa sœur dans un accident de voiture et sa mère a été vaincue par un cancer. On ne peut pas dire que Corinne se soit amusée tous les jours. Elle a porté sa famille à bout de bras. Aide soignante, infirmière, psychologue, souffre douleur, Corinne est une sorte de « fille courage », qui n’a pas choisi sa vie mais qui a essayé de la vivre au mieux !

 

La fête dans les bars de Rouen était son exutoire, sa vie à elle, rien qu’à elle. Alors c’est vrai que les amours faciles étaient sont lot quotidien, mais cela lui faisait du bien, du moins en apparence.

 

 Corinne a décidé, toute petite, quand sa mère était malade, de ne pas être à son tour une mère. Elle ne voulait pas se marier. Trop dure la famille, elle préférait se choisir ses amis. Et Corinne était connue dans Rouen. Elle était la fille du champion et mais aussi, la chanteuse du soir. Elle adorait chanter du Piaf ou du Fréhel. C’est comme ça au départ, qu’elle s’est mise à fréquenter les bars. Sa mère n’aimait pas trop ça, son père non plus. Mais au fur et à mesure de ses prestations, Corinne avait réussi à se faire un prénom. Cela faisait finalement plaisir à ses parents.

 

Corinne est une bonne vivante et aime la vie. Mais la vie ne lui a pas toujours rendue.

 

Un matin, difficile pour Corinne, son patron lui demande de venir dans son bureau. Il semble gêné et ne sait pas comment lui dire ce qu’il veut lui dire. L’alcool est au cœur de leur conversation. Il lui lâche le morceau :-«  si tu continues à boire, je te licencie ! »

 

Corinne sait qu’elle use et abuse. Sa santé commence à lui faire savoir. Et pourtant, elle a besoin de ce travail pour vivre. Et à 47 ans, pas facile de retrouver du boulot. D’autant qu’il faut aussi payer un complément pour le placement de son père en institution. Heureusement qu’il a une bonne retraite, mais il faut bien les sortir les 400 francs par mois. Corinne sait bien qu’elle joue gros en ce moment.

Elle sait que la vie ne l’épargne pas , mais qu’elle a peut être aussi une responsabilité dans son déroulement, disons qu’elle y a sa part.

Le lendemain de cette mise en garde sérieuse de son patron, Corinne décide de prendre rendez vous chez son médecin, dans la Rue Edouard Adam, pour essayer d’arrêter le verre.

 

-«  Docteur, on se connaît bien tous les deux. Vous savez que je bois. Et bien, je veux que vous m’aidiez à arrêter. »

-«  d’accord Corinne, on peut essayer, mais cela ne peut se faire qu’avec vous »

-«  oh, oui, je suis là et bien là, devant vous. Triste à en crever mais déterminée à vivre, car j’aime ça la vie ! C’est Corinne Duberger mon nom, je suis secrétaire, chanteuse,  et je ne veux pas finir poivrote…

 

Alphonse Ba

Rouen

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