"Agir sérieusement, sans se prendre au sérieux !"
bonjour,
Je ne peux que vous inviter à lire le dernier livre d'Annie Ernaux - Les Années- ( Gallimard ), écrivaine bien connue, qui a passé son enfance à Yvetot, et qui nous livre là un beau bouquin, original, et plein de vie.
Un album photo, dans lequel elle parle d'elle, de vous, de nous, d'eux et des autres, de la France et du Monde.
Le livre d'une écrivaine authentique, qui décrit crûment ses contemporains, avec justesse et tendresse, mais sans complaisance.
Annie Ernaux a l'oeil affûté de celle qui regarde, analyse et vit .
Superbe livre...
sm
quelques extraits:
P11 ..."La femme accroupie qui urinait en plein jour derrière un baraquement servant de café, en bordure des ruines, à Yvetot, aprés la guerre, se renculottait debout, jupe relevée, et s'en retournait au café."
p23..."La paysanne qui lâche un gros pet dans un compratiment de train où se trouve des allemands et proclame à la cantonade "si on peut pas leur dire on va leur faire sentir". Sur fonds commun de faim et de peur, tout se racontait sur le mode du "nous" et du "on".
P46 ..." La religion était le cadre officiel de la vie et réglait le temps. Les journaux proposaient des menus pour le temps du carême, dont le calendrier des Postes notifiait les étapes, de la septuagésime à Pâques. On ne mangeait pas de viande le vendredi. La messe du dimanche demeurait une occasion de changer de linge, étrenner un vêtement, mettre un chapeau, un sac et des gants, voir des gens et être vu, suivre des yeux les enfants de choeur. Pour tout le monde un signe extérieur de moralité et la certitude d'un destin s'écrivant dans une langue particulière, le latin."
P194..." Entre ce qui n'est pas encore et ce qui est, la conscience reste vide un court instant. On regardait sans comprendre l'énorme titre à la une du Monde, François MITTERAND EST MORT. La foule se reformait comme en décembre, sur la place de la Bastille, dans la nuit. On continuait d'avoir besoin d'être ensemble et c'était la solitude. Il nous revenait que le soir du 10 mai 81, dans la mairie de Château-Chinon, Mitterrand, en apprenant qu'il était élu président de la république, avait murmuré " quelle histoire".
Annie Ernaux, née à Lillebonne le 1er septembre 1940, est une écrivaine française.
Agrégée et professeur de lettres modernes maintenant à la retraite, Annie Ernaux a passé son enfance et sa jeunesse à Yvetot, en Normandie. Elle est née dans un milieu social plutôt modeste : ses parents étaient d'abord ouvriers, ensuite petits commerçants. Contrairement à ses parents, Annie Ernaux allait régulièrement à l'école et apprenait bien. Elle a fait ses études à l’université de Rouen.
Elle est successivement devenue institutrice, professeure certifiée puis agrégée de lettres modernes.
En 1984 elle a obtenu le prix Renaudot pour un de ses ouvrages à caractère autobiographique, la Place.
Très tôt dans sa carrière littéraire, Annie Ernaux a renoncé à la fiction pour revenir inlassablement sur le matériau autobiographique constitué par son enfance dans le café-épicerie parental d’Yvetot. À la croisée de l’expérience historique et de l’expérience individuelle, son écriture, dépouillée de toute fioriture stylistique, dissèque l’ascension sociale de ses parents (La Place, La Honte), son adolescence (Ce qu’ils disent ou rien), son mariage (La Femme gelée), son avortement (L’Événement), la maladie d’Alzheimer de sa mère (Je ne suis pas sortie de ma nuit), puis la mort de sa mère (Une femme), son cancer du sein (L’Usage de la photo, en collaboration avec Marc Marie). Elle écrit sur (mais non pas dans) la langue de ce monde ouvrier et paysan normand qui a été le sien jusqu’à l’âge de dix-huit ans, âge auquel elle a commencé, à son tour, à s’élever socialement.
Elle a aussi écrit l'Écriture comme un couteau avec Frédéric-Yves Jeannet.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Annie_Ernaux